Tourist Fever

Quentin et moi venions d’arriver au Brésil pour une expo à Belém quand le confinement a démarré en France. Sur le continent Sud-Américain, la peur du virus arrivait lentement (mais sûrement). À peine atterris, nous apprenions l’annulation du vernissage …  Une seule chose à faire : attendre sagement le vol retour quelques jours plus tard et « profiter » de ces vacances impromptues qui s’offraient à nous. Mais dès notre première sortie, nous réalisions que le Touriste, jusqu’alors si courtisé était devenu en un rien de temps une figure inquiétante, symbole de la propagation insouciante du virus. Drôle de renversement.

La représentation stéréotypée du touriste, étroitement associé à l’impérialisme occidental, prolongement frivole du colon, nourrit nos créations depuis quelque temps. Nous vivons dans un endroit où la majorité des personnes sont métisses, nos pâles gambettes et nos visages rougeauds sont souvent assimilés à ceux d’invétérés petits Blancs fraîchement débarqués. « Vous êtes en vacances ? »

Se pencher sur la figure du touriste c’est aussi questionner notre façon de voyager. Difficile d’y renoncer mais est-ce normal de pouvoir aller à l’autre bout du monde pour une poignée d’euros et des tonnes de CO2 pour une semaine de farniente sur une plage en buvant des cocktails ? Au-delà de l’impact écologique évident, n’y a-t-il pas quelque chose de malsain à partir se relaxer dans une bulle paradisiaque, coupé de toute réalité sociale, pour jouir d’un luxe soudain à la portée de sa bourse parce que la destination de vacances est un pays bien plus pauvre ?  Le plaisir est assurément un motif valable mais pas à n’importe quel prix, pas sur le dos d’une population dépendante du tourisme de masse ni sur celui des générations futures. Est-ce qu’une soirée de vernissage ou de projection sont une meilleure raison …

Je ne suis pas pour autant prête à m’engager à ne plus prendre l’avion. Envisageable quand on habite Paris, à quelques heures de train de beaucoup de pays Européens. Le choix est bien plus radical lorsque l’on vit en Guyane, département français d’Amérique du Sud, dépendant de la France à tous points de vue.