Loyalty over Royalty

Les interrogations qui façonnent aujourd’hui notre travail artistique trouvent pour la plupart leur origine dans nos adolescences respectives passées en Guyane.  Pour cette série, nous avions envie de rassembler de jeunes Guyanais de notre entourage ou rencontrés à l’occasion d’autres projets ou encore via les réseaux sociaux.

Nous envisagions un travail sur la durée en impliquant les modèles le plus possible que ce soit pour le choix des costumes, les décors, l’attitude… Nous pensions mettre en place un atelier de création au sein duquel nous pourrions travailler tous ensemble à la fabrication des images.

Évidemment, la crise sanitaire est passée par là et nous a poussés à envisager différemment les choses… La résidence de création prévue de longue date du 6 avril au 8 mai n’a pu avoir lieu puisque nous étions tous confinés…

Nous avons donc décidé d’organiser au mieux les séances photos en amont pour les enchaîner entre le 11 et le 18 mai, date à laquelle Léa était contrainte de partir en France Métropolitaine.

Le dé-confinement étant une situation inédite, nous avons très vite senti une certaine appréhension et de la frilosité de la part des modèles ou de leurs parents. Il leur semblait préférable de laisser un peu de temps passer pour voir comment la situation évoluerait… Nous n’avions pas ce luxe mais avons choisi de pas trop insister dans la mesure où malgré nos précautions, il était compliqué de garantir un respect absolu des gestes barrière surtout entre les modèles pendant les shootings. Difficile pour nous d’envisager des images d’amour sans contact physique, dans le respect total des gestes barrière, avec un mètre de distance entre des modèles pourvus de masques.

Si la pandémie de covid-19 a largement impacté « Loyalty over royalty », nous ne souhaitions pas qu’elle soit concrètement visible, par la présence de masques sur les images notamment.

Photographier des personnes de notre entourage très proche, notre famille, a donc fini par nous apparaître comme une évidence.

Les séances photos, qui sont toujours des moments forts au sein de la fratrie de Léa. Clémentine, 27 ans, Lucie, 11 ans et Vincent, 19 ans, sont habitués à poser pour elle depuis des années. Nous avons donc imaginé que la série d’images s’articule autour de Vincent que nous avons vu régulièrement pendant le confinement quand il avait besoin de s’aérer. Très attaché à la Guyane et surtout à sa famille. Il a pu revenir de Guadeloupe où il étudie le sport à peine le confinement déclaré.

Son rapport à la photo est assez étrange. Il n’est a priori pas vraiment passionné par ce domaine qu’il s’agisse de la prise de vue ou du fait d’être modèle. Il se prête cependant volontiers au jeu de sa grande sœur à chaque fois… Par amour dira-t-il, conscient qu’il s’agit d’un temps de partage avec sa famille qui laissera une trace visuelle.

Au travers de cette série, nous avons tenté de raconter les rapports que Vincent entretient avec ceux qu’il aime.

Nous avons pensé des images qui parlent de lui, de sa génération et de la Guyane. Fier et flamboyant, il incarne avec son clan cette jeunesse guyanaise que nous souhaitions mettre à l’honneur. Si la création concrète des costumes ne l’intéressait pas vraiment, nous avons beaucoup échangé avec lui à ce sujet et nous sommes assurés qu’il soit en accord avec chaque personnage créé à partir de ce que nous percevons de lui.  Nous avons procédé de la même façon pour tous les « modèles » de cette série, amplifiant une facette que nous admirons chez cette personne. Les séances photo sont pour nous une expérience forte de joie, d’amour et de bienveillance, ingrédients indispensables à la mise à nu de nos vulnérabilités respectives (modèle et photographe).

La place du déguisement est essentielle à notre processus de création, il est un outil à part entière, permettant outre son aspect esthétique, le lâcher prise des modèles.

Lucie, la plus jeune de la fratrie de Léa, a, elle aussi, pris part à la série. Elle fait partie de ces personnages qui sont liés à Vincent. Elle pose avec sa « best friend forever » en amies siamoises dans une robe qu’elles ont tenu à fabriquer ensemble.

Les relations que nous montrons dans cette série sont parfois floues et indéfinissables comme cela peut l’être à l’adolescence avec notamment une possible confusion entre amour et amitié, une quête de sa propre identité qui peut se définir par des choix amoureux mais aussi une découverte de soi et un apprentissage de l’amour pour soi-même. Le sentiment d’amour est ici présenté dans son sens le plus large au sein de ce clan où le maître mot est la loyauté. Le titre, Loyalty over royalty, nous a été inspiré du tatouage du cousin de Willhem, le cousin de Vincent.

Nous sommes finalement plutôt contents des conséquences de ce grand bouleversement. Nous aurions préféré travailler avec plus de tranquillité, plus de temps pour voir émerger encore d’autres images que nous n’avions pas prévues mais cette urgence et cette effervescence dans laquelle nous avons travaillé sitôt déconfinés a été un riche moment de création. Modèles et photographes se sont mobilisés et ont fait preuve d’une grande souplesse pour shooter entre les gouttes d’un obstacle supplémentaire : la saison des pluies à son apogée durant le mois de mai et qui tient clairement ses promesses cette année (grosses inondations en Guyane).